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"On vivait ainsi ?" La parole des anciens fait recette !

Le documentaire sur les récits de vie de vingt-trois aînés à l'initiative du musée a rencontré un très beau succès. Au terme des sept projections gratuites, c'est au total plus de mille spectateurs conquis par les souvenirs de ces « acteurs » authentiques.

Dix-sept heures de témoignage pour cinquante minutes de documentaire ! 

« On vivait ainsi ? » fut un travail de captation et de montage titanesque avec deux objectifs dans le viseur. D'une part, découvrir la vie, les occupations et les anecdotes des Ardennais de la seconde moitié du xxe siècle. D'autre part, créer une rencontre et des échanges enrichissants entre les jeunes et les moins jeunes. Un double objectif atteint ! Autant dire que les enfants des établissements primaires de la région n'ont pas fait preuve de timidité. Malgré la présence d'une caméra qui enregistrait les réactions d'après-projections, les élèves ont posé de nombreuses questions à destination des seniors présents dans la salle. Une fois la glace brisée, ces derniers se sont ouverts et ont transmis des souvenirs émouvants, surprenants et parfois même amusants au reste de l'assemblée. Tous ces témoignages ont été enregistrés par les réalisateurs de Silencio Prod, Messieurs Pierre et David Callant, et permettront d'enrichir les collections du musée et, par la même occasion, de continuer la sauvegarde de nos racines ardennaises. Une mission essentielle pour les employés, les administrateurs et les sympathisants du Musée en Piconrue. Les sept projections ont eu lieu dans les sept communes formant le Parc Naturel Haute-Sûre Forêt d'Anlier. Successivement, à Bercheux (Vaux-sur-Sûre), Bastogne, Habay, Martelange, Tintange, Léglise et Neufchâteau. Les témoins sont tous habitants et, souvent, originaires de ces communes-là. 

« La couturière [ambulante] m'a fait un manteau avec des couvertures d'Américains. » D'autres anecdotes sont aussi communiquées sans langue de bois par nos vingt-trois acteurs sélectionnés en fonction de leur parcours de vie. Certains, comme Monsieur Victor Fund, ont pratiqué des métiers aujourd'hui presque disparus en Belgique (mineur). D'autres ont vécu des événements ayant marqué la mémoire ardennaise (le drame de Martelange, la tornade de Léglise et la Bataille des Ardennes). Les thèmes sont larges et variés : l'arrivée et l'intégration au village, l'acquisition d'une maison dans un contexte d'après-guerre, les fêtes au village, la vie scolaire, extrascolaire et associative, les coutumes comme les « relevailles », les transformations des modes de vie du village, l'apprentissage d'un métier, les figures d'autorité de l'époque (curé et instituteur), la Bataille des Ardennes, … Autant de sujets abordés sans détour lors des entretiens menés par Jacqueline Daloze.

Que retirer de ces moments d'échange et de partage ? Le sentiment que la vie dans les villages ardennais est paradoxalement unique et universelle. Chaque anecdote et moment de vie partagés dans le documentaire sont à la fois incomparables et similaires. La participation des villageois à la vie du village paraît s'essouffler au fil des années. Monsieur Georges Thieltgen qualifie le Grumelange d'aujourd'hui d'un « village dortoir ». « Le vrai Grumelange n'existe plus ! » ajoute-t-il. Une évolution des villages partagée par le reste des témoins.

Lors de l'après-projection à la Maison de Village de Martelange, une fillette posa la question suivante : « Préférez-vous la vie d'avant ou la vie d'aujourd'hui ? » Un silence s'installe. « Une question intéressante » admet Jacqueline Daloze, la modératrice du débat. Une dizaine de secondes plus tard, un septuagénaire reconnaît que la vie d'aujourd'hui est plus belle que celle d'avant. Il justifie sa réponse par les progrès immenses de la médecine et la baisse de la mortalité infantile. Un sujet qui n'est pas abordé dans le documentaire.

Un sentiment de gratitude et de respect des enfants vis-à-vis de leurs aînés ressort également à chaque débat. La pénibilité du travail et les pertes des proches relatés lors du documentaire marquent les esprits des écoliers, au détriment des anecdotes joyeuses de la vie extrascolaire et associative dans les villages. Un phénomène que les personnes âgées s'empressent de rappeler aux enfants en fin de projection. « La vie était dure mais on aimait la vie et on riait beaucoup » synthétise une spectatrice. Au final, chaque spectateur repart de la projection avec, pour les enfants, l'envie d'en savoir plus sur la vie d'autrefois et, pour les aînés, le sentiment agréable d'avoir conscientisé les enfants sur la société actuelle par le partage de souvenirs du passé.

Victime de son succès, le musée reçoit régulièrement des demandes pour l'organisation de nouvelles projections et pour la distribution d'un DVD. À l'écoute de ses sympathisants, l'équipe du musée réfléchit actuellement à une nouvelle mise en place du documentaire « On vivait ainsi ? ». Bien entendu, ce splendide documentaire est un travail d'équipe ! Il n'aurait pas été ce qu'il est sans l'intervention de plusieurs partenaires. Ce projet de sauvegarde de la mémoire orale est intégré dans le cadre de la programmation LEADER 2014-2020 et cofinancé par les fonds européens, la Fédération Wallonie Bruxelles et les sept communes du Parc Naturel Haute-Sûre Forêt d'Anlier. Nous remercions Jacqueline Daloze, consultante en Récit de Vie, l'équipe de réalisation Silencio Prod et, bien entendu, les vingt-trois aînés pour leur investissement conséquent. L'aide technique et administrative fournie par le Groupe d'Action Locale Haute-Sûre Forêt d'Anlier est aussi à signaler.

Après le cinéma, le théâtre

Après sept projections pour le 7e art, « On vivait ainsi ? » renaîtra dans le 6e art

avec le projet théâtral « Tram(e) » de Sabrina Paletta et Aurelio Mergola.

Il consiste à créer un spectacle vivant en s'inspirant des récits de vie des vingt-trois seniors présents dans le moyen-métrage mais également des témoignages provenant de la « La mémoire du Tram » (recueillis par la CLDR de Fauvillers) et d'autres précieux documents et archives conservés au Musée en Piconrue.

Cette pièce de théâtre se veut créative et fédératrice de lien entre les diverses générations qui composent notre société. Grâce à une histoire fictive, « Tram(e) » restitue la mémoire orale et immatérielle des Ardennais. Dans un premier temps, « Tram(e) » sera présenté dans chacune des sept communes du territoire du Parc de la Haute-Sûre Forêt d'Anlier.

L'entrée est gratuite mais la réservation est indispensable :

• Samedi 10 mars 2018 à 20h à l'Espace Scène du Centre culturel de

Bastogne

• Dimanche 6 mai 2018 à 15h au Cercle culturel de Sibret

• Dimanche 27 mai 2018 à 15h à la Ferme Simon à Fauvillers

• Quatre autres représentations seront jouées de septembre 2018 à novembre 2018 à Habay, Léglise, Neufchâteau et Martelange.